Notes françaises avec Cyril Guillotin

CYRIL GUILLOTIN     PIERRE RICHARD     FRANCOIS MARTHOURET

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Comme d’autres compositeurs avant lui (Grieg, Liszt à la fin de sa vie, Griffes, Bridge ou encore Malipiedo), Claude Debussy est souvent rangé sous l’étiquette pratique mais réductrice d’»impressioniste». En effet, leurs supports d’inspiration plaident majoritairement dans ce sens : le vent, les sources et le feuillage, les nuages, la montagne et la mer, les parfums de la nuit, les cloches, les soleils couchants... Mais, c’est bien à mon sens à un effort d’évocation, et non de description, que tente de se prêter Claude Debussy, par les moyens qu’il peut employer dans son acte créateur. «Évoquer» n’est pas «décrire», et c’est bien dans cette dimension que je compte orienter la philosophie et l’âme du présent projet. Il n’y a pas de vérité figée et établie comme un tableau achevé, mais que des esquisses, des pointillés au lieu de lignes, permettant une évoquation personellle (motivée et recherchée), teintée des couleurs et parfums du prisme de l’interprête, répondant aux suggestions du compositeur, et raisonnant donc différemment dans chaque âme d’auditeur.

Aboutissement de la pensée pianistique de Claude Debussy, ses 24 Préludes sont aussi un hommage bien connu à Frédéric Chopin et sa liberté d’expression. Et c’est pour cela que j’ai choisi de pousser plus loin ce concept d’évocation, en assumant l’invitation à la collusion avec les autres arts (essentiellement la littérature et la poésie), par une invitation à un voyage nouveau de ces 24 Préludes, auxquels se mêleront des textes, des poèmes, des humeurs, portés par un comédien à la voix et la personnalité remarquables. Un piano «orchestral» et «magistral», dans la profondeur de ses espaces, la variété de ses attaques, la diversité des nuances, l’imbrication des plans et d’univers si particuliers à chaque pièce et pourtant pouvant former une arche, un voyage, une odyssée ... une exploitation des possibilités de l’instrument, poussées à leur quintescence, dans ces pièces composée pour certaines en une seule journée, justifiant peutêtre leur caractère si spontané. Claude Debussy ayant choisi de donner un titre à l’issue de chaque prélude, et non à son commencement, c’est autant d’évocations imagées et de directions qui sont permises de suivre pour l’auditeur et l’interprète, dans leur quête respective.

Il n’en reste pas moins que chaque prélude contient un mystère, plusieurs lectures possible, plusieurs «niveaux» de lecture possible. Et c’est tout ces sens multiples, ces transparences, que Pierre Richard, François Marthouret et Andrée Benchetrit et moi-même souhaitons explorer et proposer dans un voyage de mots et de musiques, formant une alchimie poétique, guidant l’auditeur et le spectateur dans des mondes et des dimensions issus de sa propre imagination. Un voyage donc, sans début ni fin trop marqués ou jalonnés, plus épars et délié, plus impalpable et inorganique, et pourtant ordonné... un voyage laissant l’auditeur dans un sentiment d’éternité, de temps suspendu tourné vers l’immensité de notre dimension intérieure. Ainsi, ce n’est pas un catalogue de préludes qui est proposé à travers ce projet, mais bien une mise en perspective multiple : - par les influences esthétiques du compositeur Claude Debussy, - par la filiation artistique du pianiste Cyril Guillotin avec un des grands maîtres du genre, Aldo Ciccolini, dont il est le disciple, - par le regard pertinent et transverse des immenses comédiens Pierre Richard et François Marthouret.

Cyril Guillotin