Candide ou l'optimisme avec Rebecca Chaillot et Alain Carré

ALAIN CARRE     REBECCA CHAILLOT

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ALAIN CARRE : Voltaire, l'auteur de cette coïonnerie

« Il y avait en Westphalie, dans le château de monsieur le baron de Thunder-ten-tronckh, un jeune garçon à qui la nature avait donné les moeurs les plus douces. Sa physionomie annonçait son âme. Il avait le jugement assez droit, avec l’esprit le plus simple ; c’est, je crois, pour cette raison qu’on le nommait CANDIDE. »

 

On sait peu de choses sur la genèse de Candide, sinon que le conte fut sans doute commencé en 1758, achevé à la fin de cette année et diffusé en février 1759. Le succès fut énorme, européen, les réimpressions nombreuses dès la première année. Voltaire avait déjà, par ailleurs, soigneusement construit sa réputation de grand écrivain sur les genres nobles : tragédie, épopée, histoire, prose philosophique.
Un conte !
Candide met en contraste, brutal et gai, la noirceur du monde et la candeur d’une métaphysique. Mais, l’écrivain, immensément riche, enfin indépendant et propriétaire, est confortablement installé, depuis quelques années (1755), au bord du lac de Genève. Il achève Candide au moment où il négocie l’achat de Ferney, qu’il va faire entrer dans la légende de l’humanité et d’où il exercera pendant vingt ans une royauté intellectuelle sans équivalent dans l’Histoire. Candide n’est donc pas le fruit immédiat d’une crise personnelle, mais la réaction, nerveuse, rageuse et distanciée, d’un intellectuel concerné par le sort des hommes et la marche des idées.
Or, il faut bien le constater, tout ne va pas pour le mieux dans l’Europe des Lumières. Candide est ainsi saturé d’une violence qui serait insoutenable sans la stylisation comique : c’est que la terre saigne autour du jardin voltairien…
La placidité résignée ou béate des optimistes l’enrage, car elle dissout le mal, usurpe absurdement la place de Dieu, égale – enfin – cet insecte, cette vermine – l’homme – à l’Être incommensurable. En retour, les hommes se font évidemment un Dieu à leur image, intolérant, cruel et tyrannique.
Un spectacle !
Piano et Théâtre
Il nous faut donc jouer ce texte comme un des rares joyaux de la prose comique, s’en délecter, dans sa continuité, dans sa virulence, attentif au tempo, aux saillies, aux gags que les horreurs du monde et les tristesses banales de la vie inspirent à un illustre jeune vieillard de soixante-cinq ans réfugié, mais non assagi, au bord d’un lac clément !
MUSIQUE : J.S. Bach – L. van Beethoven – W.A. Mozart