Olivia Gay - Discographie

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PROCHAINEMENT – PREMIER DISQUE D’OLIVIA GAY

Le 2 février 2018 paraîtra HORIZON[S], le premier album d’Olivia Gay.
Concert de sortie Salle Cortot, le 2 février 2018 à 20h, avec l’Orchestre Pasdeloup dirigé par Simone Menezes.

Cover pochette olivia gayHorizons radieux

« Par les soleils couchants, il semble qu’au-delà de notre horizon commencent les pays chimériques, les pays brûlés, la Terre de Feu, les pays qui nous jettent en plein rêve, dont l’évocation nous charme, et qui sont pour nous des paradis accessibles […]. »

Jules Renard, Journal, 22 mai 1889

Si les horizons d’Olivia Gay ouvrent sur des espaces sonores vastes et contrastés, ils marquent surtout le point de rencontre de la violoncelliste trentenaire avec des compositeurs et des œuvres qui lui sont contemporains. Trois générations – la décennie 1940 pour Pēteris Vasks et Philippe Hersant, 1960 pour Thierry Maillard et 1980 pour elle – se trouvent ici enlacées autour du violoncelle.

« Il était évident pour moi, confie-t-elle, d’emprunter des chemins peu explorés. Ce programme est le reflet d’un moment de ma vie où j’ai ressenti ce besoin d’horizons vierges, de rencontres musicales neuves, comme une transition entre mes études finissantes et une vie professionnelle plus intense. » La violoncelliste a l’occasion de travailler avec Philippe Hersant à l’Académie Ravel, dont elle est lauréate – une formidable immersion dans son univers musical. Elle contacte Pēteris Vasks après avoir découvert sa musique durant sa formation en Allemagne, « un homme extraordinaire, avec qui [elle] partage notamment l’amour de la nature ». Sa curiosité pour tous les genres musicaux la pousse encore à solliciter le pianiste de jazz et compositeur Thierry Maillard. Résultat : un premier disque avec trois concertos pour son instrument, datés de 1989, 1994 et 2014, aux caractères bien trempés, d’effectifs et de formes distincts – de l’orchestre de chambre à la formation XXL, d’un à cinq mouvements. Trois horizons, trois climats, d’où affleure un violoncelle toujours très lyrique.

« Le caractère vocal est très présent dans mon premier concerto. À l’époque, je commençais à écrire mon opéra Le Château des Carpathes ; il y a des interactions entre les deux. La forme elle-même, qui confronte un soliste et un orchestre, a quelque chose de très dramatique. Ici, les parties orchestrales sont foisonnantes, le violoncelle doit lutter pour se faire entendre », précise Philippe Hersant. « Aucune de ces pièces n’est abrupte dans son langage, ajoute Olivia Gay. Elles restent familières de la tonalité ou de la modalité, et l’aspect mélodique est toujours présent. Le violoncelle est fait pour chanter. » Thierry Maillard ne la contredira pas, lui que « les instruments du quatuor à cordes […] ont toujours fait vibrer », ni Pēteris Vasks, dont le violoncelle est l’un des instruments de prédilection. « C’est ma voix, affirme-t-il. J’aime beaucoup le chant des instruments à cordes, et particulièrement celui du violoncelle. C’est le pouvoir le plus captivant de la musique. »

La jeune femme garde le regard fixé sur l’horizon. « Ce titre, au pluriel, m’est apparu assez spontanément car cet enregistrement témoigne de différents styles musicaux, de plusieurs voix de la musique d’aujourd’hui et d’un lien avec l’environnement auquel je suis très sensible. Lorsque j’ai travaillé avec Pēteris Vasks, des images ont tout de suite surgi, qui ont évolué au fil de mon travail en même temps que mon appropriation de l’œuvre. » L’élan postromantique qui anime l’œuvre du compositeur letton exalte un orchestre flamboyant et un soliste virtuose, éprouvant la longueur et l’intensité de ses lignes mélodiques. D’apothéoses en apaisements, de monologues en affrontements, jusqu’au retour du premier chant. « Aujourd’hui, je réduirais peut-être l’effectif orchestral, mais je ne changerais rien d’autre. Je retouche très peu mes œuvres une fois qu’elles ont été crées. Elles vivent avec les interprètes. Ce disque en témoigne, et j’en suis très heureux. »

Le concerto de Philippe Hersant, plus intérieur, plus élégiaque, évoque à Olivia Gay un océan chahuté, surplombé d’un ciel menaçant et d’une chapelle médiévale perchée sur un rocher – le motif de quatre notes développé au long de l’œuvre provient d’un hymne grec très ancien, témoin « d’un monde perdu ». « Cette œuvre, souligne le compositeur, est une sorte de poème pour orchestre avec violoncelle obligé plus qu’un concerto, dont il n’a ni les trois mouvements, ni la durée, ni l’image romantique. J’y ai privilégié des moments intimes d’échange entre le soliste et différents timbres, ce que j’ai d’ailleurs exploité ensuite dans d’autres œuvres. Et il y a ici le souvenir de la viole de gambe : la partie de violoncelle se trouve au croisement de cette référence au baroque et d’une écriture contemporaine. »

Arckepek a quant à lui été composé en 2000 suite à un voyage en Hongrie, puis retravaillé par le compositeur en 2014 dans l’objectif du disque. La violoncelliste y entend « la cavalcade des chevaux sauvages des plaines de la Puszta ». Pour Thierry Maillard, Bartók, dont il est un inconditionnel depuis toujours, n’est pas loin. « Sa musique me parle : j’aime ces rythmes impairs, cette intonation d’Europe de l’Est, ces mélodies populaires que l’on retrouve dans la musique ethnique. Je ressens profondément ce lien avec ma musique. » Et de poursuivre : « Pour moi, la musique va avec le grand orchestre. J’ai été très marqué, adolescent, par Le Sacre du printemps de Stravinsky et les œuvres concertantes de Bartók et de Mozart. J’aime la confrontation qui existe dans un concerto et qui pourrait parfois donner  l’impression que le soliste improvise. »

Alors, horizons lointains ? Pas forcément. Paradis rendus accessibles, plutôt, à l’issue du voyage auquel convie chacune de ces œuvres. « Cet enregistrement a été une expérience forte de ma relation à mon instrument et au répertoire pour violoncelle, conclut Olivia Gay, un profond bonheur de jeu. Je ressens maintenant l’envie de continuer à fouiller, à découvrir et à partager des œuvres hors des sentiers battus. » Pēteris Vasks aura le dernier mot : « Il ne faut jamais oublier de chercher de nouveaux horizons, ils sont toujours intéressants. »

Claire Boisteau, octobre 2017