Cyril Huvé - Presse

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Opus 102, Cyril Huvé joue le piano dernières technologies de Stephen Paulello

Musicologie.org, Jean-Marc Warszawski


Obs presse


Au bonheur du piano.wordpress.com

Cyril Huvé et David Bismuth enregistrent sur le nouveau piano de Stephen Paulello
Publié le 12 janvier 2018
Pianiste, professeur de piano, accordeur, Stephen Paulello s’est également consacré pendant de nombreuses années à la restauration de pianos. En 1987, il se lance dans la fabrication d’un piano droit puis d’un piano à queue de concert en 1990. Mais Stephen Paulello ne manque pas d’idées et très vite le projet d’une remise en question globale de la construction d’un piano à queue de concert germe dans son esprit. En 2015, il achève l’Opus 102, un piano complètement révolutionnaire. Non seulement le clavier dispose de 102 touches au lieu de 88, mais comme l’explique Paulello, « plus rien n’est fait comme chez Steinway. Ni la table d’harmonie, ni la position du sommier […] ni l’accroche des cordes, ni le cadre, [..] ni le plan des cordes, ni la mécanique. Rien. »
Deux grands pianistes viennent de s’intéresser à ce nouvel instrument et l’ont utilisé pour enregistrer leur dernier CD. L’intérêt de Cyril Huvé pour les pianos non conventionnels est bien connu, il a même été lauréat des Victoires de la Musique 2010 pour son enregistrement d’oeuvres pour piano de Mendelssohn sur un piano Broadwood de 1840. Il n’est donc pas étonnant que ce nouveau piano ait excité sa curiosité. Il nous propose aujourd’hui sur ce CD intitulé Opus 102 (paru chez Evidence) un programme magnifique : la Sonate en si mineur de Liszt, trois Lieder de Schubert transcrits par Liszt, trois Préludes de Debussy, deux pièces de Scriabine, programme merveilleusement interprété par celui que Claudio Arrau considérait à juste titre comme l’un de ses meilleurs continuateurs.
Le CD de David Bismuth (paru chez Ameson) s’appelle Beethoven et ses maîtres et comprend les 32 variations, les sonates Au clair de lune et La Tempête de Beethoven, les Variations en fa mineur de Haydn, et la Suite n°1 de Haendel. Nous retrouvons les qualités qui ont fait de David Bismuth un pianiste de premier ordre : son art du toucher, ses interprétations réfléchies et naturelles.
Mais, je dois l’avouer, si les programmes et les interprétations m’ont séduit, si j’ai été sensible à quelques aspects du piano de Stephen Paulello, comme une certaine clarté des graves et des aigus, des crescendos époustouflants, une puissance orchestrale impressionnante, je ne me suis vraiment pas senti à l’aise avec la sonorité de ce piano que j’ai trouvé entêtante et trop dominante au point d’avoir l’impression qu’elle ne permettait pas au jeu des interprètes de réellement exister en tant que tel. Stephen Paulello n’avait-il pas raison de présenter son piano plutôt comme une opportunité pour les compositeurs d’aujourd’hui et de demain ? En tout cas, cette découverte mérite le détour et le débat est ouvert, notamment dans les commentaires si vous avez vous aussi écouter au moins l’un de ces deux CDs.
Frédéric Boucher, pour Au bonheur du piano, 11 janvier 2018


Froggy's Delight
Opus 102 : Litz, Debussy, Scriabin  (Evidence)  novembre 2017
Connaissez-vous le nombre de touches sur un clavier de piano ? Le clavier du piano moderne est composé majoritairement de 88 touches. Les 52 touches blanches correspondent aux sept notes de la gamme diatonique, et les 36 touches noires aux cinq notes restantes de la gamme chromatique. Il existe quelques exemplaires anecdotiques de pianos contemporains (on ne parlera pas ici des pianos numériques, synthétiseurs...) possédant moins de 88 touches et encore beaucoup de pianos anciens n’en possédant que 85.
Le Bösendorfer modèle 290, dit «Impérial» comporte 97 touches au lieu des 88 présentes sur les pianos de concert normaux. Ce clavier plus large comportant huit octaves complètes (C0 à C8) construit à la demande de Busoni est le seul à permettre d’interpréter fidèlement certaines œuvres de Ravel («Jeux d’eau», «Une barque sur l’océan»...), Debussy ou Bartók (deuxième concerto pour piano).
Cette envie de dépasser les limites du clavier dans le grave comme dans l’aigu, compromis entre le compositeur et les moyens organologiques de son époque, ne date pas d’hier. Elle est déjà présente chez Mozart, chez Beethoven, Scriabin ou Chopin mais les compositeurs ont toujours eu en tête que l’œuvre pour être exécutée doit rester jouable sur les pianos.
C’est sur un piano de Stephen Paulello à 102 touches, assez éloigné de celui du facteur australien Stuart & Sons également avec 102 touches que Cyril Huvé a enregistré ce disque. Il joue un répertoire (Liszt : sonate en si mineur, Scriabin : «Poème nocturne», «Vers la flamme», Debussy : «Brouillards», «La cathédrale engloutie», «Des pas sur la neige»…) écrit pour piano à 88 touches sans se servir donc des 14 touches supplémentaires. Mais cet instrument ouvre les possibilités acoustiques : les graves sont encore plus profonds, plus ronds, il y a une plus grande densité, plus de richesse de timbres, plus de dynamiques (dans les nuances notamment), de notes harmoniques (et c’est très important). La raisonnante est plus longue, la durée des notes change.
Sa fabrication est une autre particularité de ce piano. La structure générale est pensée autrement : les cordes ne sont plus croisées, la charpente est monobloc, une agrafe remplace les barres et le chevalet pour transmettre la vibration des cordes à la table d’harmonie. Cette nouvelle facture instrumentale oblige naturellement le pianiste à penser autrement son rapport à l’instrument et à la musique. Si l’on peut regretter une interprétation parfois téléphonée (dans la version de Liszt du «Ständchen» de Schubert par exemple), les versions des Scriabin, des Debussy et de la sonate de Liszt sont superbes. Les œuvres se donnent à entendre différemment, on redécouvre harmoniquement certains passages, ce qui leur confère encore plus de sens. Assurément un disque à découvrir !
Le Noise (Jérôme Gillet)