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Liat Cohen : « Ma culture juive est de toutes les couleurs possibles et imaginables »
par Yaël Hirsch, le 30.05.2026
Du 14 au 29 juin, le 21e Festival des cultures juives partage son « Tempo », thème de cette édition, avec les Parisiens. Et c’est la reine de la guitare classique qui en assurera la clôture, le 29 juin, au Théâtre de la Ville. Son projet s’appelle Les Enfants d’Abraham et se situe au cœur du dialogue entre les cultures et les genres musicaux. Liat Cohen répond à nos questions sur le temps de l’exil, mais aussi sur celui de la création.
Pouvez-vous nous parler de votre instrument, la guitare classique ?
La guitare classique, c’est la guitare espagnole. Mais ce n’est pas tout à fait vrai, car elle existait depuis des centaines d’années dans tous les pays d’Europe, notamment en Italie, au Portugal (où on l’appelle violão), et en Angleterre depuis l’époque élisabéthaine. Il existe des œuvres pour luth et guitare baroque depuis la Renaissance. C’est le même instrument avec de légères différences selon les pays. Au XXe siècle, la guitare électrique est arrivée avec ses modifications pour d’autres styles de musique, mais c’est toujours le même instrument. Avec lequel je parcours un répertoire qui va du baroque à nos jours.
En ce moment, je suis en tournée en Israël avec le Barrocada Ensemble Haifa. Mais j’ai eu la chance aussi de créer de nombreuses œuvres pour des compositeurs d’aujourd’hui qui écrivent pour guitare seule ou pour guitare et orchestre.
Quel est le programme de clôture du 21e Festival des cultures juives le 29 juin ?
Au Festival des cultures juives, nous allons revisiter le répertoire méditerranéen et cela ira de mélodies espagnoles, judéo-espagnoles en ladino, jusqu’à l’Amérique du Sud, notamment l’Argentine et le Brésil, pays où les Espagnols et les Portugais ont amené leur musique, basée sur cette musique espagnole baroque.
Nous nous connaissons de longue date avec les musiciens qui m’accompagnent : Pierre Baillot joue du oud et aussi de la flûte ancienne, et Edmundo Carneiro est un maître des percussions brésiliennes. Et nous avons la chance d’avoir l’immense baryton français Laurent Naouri qui se joint à nous. C’est un programme que nous avions déjà joué, à quelques changements près, avec une soprano, au 25e festival d’oud de Jérusalem en 2024.
La musique est en partie composée et en partie improvisée, créée sur scène à partir de partitions très complexes. Chaque concert est donc très différent.
Le festival ouvre avec l’Orchestre de Jérusalem. Avez-vous déjà eu l’occasion de jouer avec eux en tant que soliste ?
De nombreuses fois. Ils accompagnaient mon premier album, *The Jewish Soul*, il y a 25 ans, où nous jouions quatre œuvres symphoniques pour guitare et orchestre, dont deux avaient été composées pour moi. L’album est sorti chez Warner, nous a permis de tourner ensemble et a même été nommé album classique de l’année aux États-Unis.
Nous nous sommes retrouvés au Festival de Jérusalem, où nous avons créé de nouveaux concertos. Cela va être un sublime concert que ce concert d’ouverture !
Quel est votre rapport à la langue et à la culture séfarades ?
J’ai grandi en Israël et vécu la plupart de ma vie en France. Ma culture juive est de toutes les couleurs possibles et imaginables, avec un cœur classique et européen. Le ladino n’est pas dans mes racines, mais j’ai un intérêt culturel et musical profond : à l’époque où j’ai commencé à travailler sur ce répertoire, j’ai collectionné des enregistrements souvent faits par de vieilles chanteuses.
J’ai revisité ce répertoire populaire avec des compositeurs parfois français ou israéliens, mais aussi russes, argentins et brésiliens. C’est fou ce que le ladino et la culture judéo-espagnole peuvent nous apporter aujourd’hui.
Le thème de cette 21e édition du festival est le « Tempo ». Quel sera celui du concert ?
Le tempo est au cœur de notre concert. Nous allons traverser des rythmes et des tempos de tous les univers : des rythmes brésiliens qui rendent impossible de rester en place, mais aussi argentins, espagnols baroques ou contemporains.
Le cœur du concert est constitué par ces rythmes qui s’entremêlent et s’inspirent les uns les autres. Le tempo lui-même a évolué au cours de l’histoire. Des rythmes très anciens de l’époque des Maures en Espagne, joués au oud, traversent l’Atlantique jusqu’en Amérique latine.
C’est pour cela que nous commencerons par des chants ladino, avant d’aller vers le répertoire espagnol et jusqu’au répertoire d’Amérique latine. Au Brésil, à l’influence portugaise s’est ajouté le rythme africain. Toutes ces couches se superposent et il est passionnant de suivre les fils d’inspiration et les histoires qui permettent d’arriver aux rythmes contemporains.
Comment accordez-vous les temps de l’oud et de la guitare ?
Il y a plus de dix ans, j’ai créé un trio qui s’appelait « Cousins ». Il y avait ma guitare contemporaine, une guitare flamenca et un joueur de oud marocain. Nous faisions de la recherche sur le rythme et les harmonies. Au oud, c’était Nabil Khalidi, un immense maître.
Comme nous créions des œuvres, je lui ai proposé de lui apprendre rapidement les notes européennes. Il s’est vexé : « Pourquoi veux-tu que j’apprenne des partitions ? Est-ce que je suis un mauvais musicien ? »
L’oreille et la partition ne fonctionnent pas de la même manière dans la musique orientale et occidentale. Il faut trouver un moyen mathématique pour trouver l’équilibre entre le 2/4 occidental et des cycles plus complexes côté oriental.
Vous sortez un nouvel album le 19 juin, intitulé « Valse » (Indesens Calliope Records), avec notamment du Barrios, Piazzolla et du Tansman. Pouvez-vous nous en parler ?
C’est le premier album que je sors depuis le début de la guerre. C’est un voyage à travers le monde avec ces trois temps.
La valse, qui existe depuis le XVIIe siècle, est présente dans tous les pays européens et a traversé l’Atlantique vers l’Amérique latine. C’est un album solo (sauf un *Libertango* avec Edmundo Carneiro) avec de grands compositeurs français, allemands, anglais, espagnols, russes, vénézuéliens, mexicains… un répertoire venu des quatre coins du monde pour guitare.
Voilà une jolie réponse à celles et ceux qui disent que la guitare est un instrument espagnol. Et puis c’est une belle musique pour danser, pour rêver, vers l’été.
L’ensemble avec lequel vous jouez ce 29 juin s’appelle « Les Enfants d’Abraham ». Comme « Cousins », est-ce aussi un message politique ?
Je crois que nous sommes tous cousins, c’est-à-dire des humains avec des traits communs. Nous le voyons bien dans notre musique : il y a des chansons ladino que je connais en hébreu, mes collègues les jouent en espagnol ou en arabe. La musique andalouse est notre racine commune.
De la même manière qu’on peut se lier par l’histoire et l’amitié, par le passé, on peut le faire dans le futur. Ce qu’il se passe actuellement est dramatique et je pense que c’est notre rôle en tant qu’artistes, par nos musiques, nos écrits, nos livres, nos tableaux, chacun par nos canaux d’expression, de trouver le moyen de partager nos vies. C’est crucial. Et puis c’est tellement beau ! Pourquoi ne pas le faire ?
Vous êtes actuellement en tournée en Israël. La vie culturelle y est-elle encore vivace malgré tout ?
Il y a des moments très difficiles. Nous sommes dans un état permanent de guerre. Les vols sont souvent arrêtés. À chaque fois qu’il y a des moments plus tendus, toute la vie culturelle s’arrête. Or, il n’y a pas d’intermittence en Israël. Des projets que nous préparons pendant des mois sont arrêtés. C’était pareil pendant le Covid.
De grandes compagnies israéliennes ont vu beaucoup de tournées annulées, avec des réactions qui n’ont rien à voir avec leur création à l’étranger et en Israël. Nous essayons de garder la tête hors de l’eau. Dans des moments difficiles, nous mettons nos émotions dans la musique et la création : c’est la seule manière que je connaisse pour faire face à cela.
Chaque foyer en Israël a été touché par la perte et la violence depuis le 7 octobre. La musique est indispensable pour survivre mentalement et psychologiquement à ces moments tragiques.

Liat Cohen à la tête d’un trio pour un concert exceptionnel, 26 mai 2026
A la tête d’un trio, cette grande guitariste au jeu subtil est ouverte à tous les syncrétismes dans une belle musicalité. Dans sa dernière création, Liat Cohen nous convie à un voyage en Orient saupoudré de percussions brésiliennes.
En partenariat avec le Festival des cultures juives, le programme intitulé « Les Enfants d’Abraham » fait entendre le grand répertoire de la guitare accompagné du oud, de flûtes indiennes et orientales ainsi que des percussions brésiliennes. Défendant la renaissance de la guitare classique par la création contemporaine, Liat Cohen se singularise par un style de jeu inventif. Elle a d’ailleurs été la première guitariste à recevoir le Prix Nadia Boulanger de la Fondation de France. Authentique virtuose, elle a jadis retranscrit des œuvres de Jean-Sébastien Bach pour guitare. Pour ce concert exceptionnel, elle ose la rencontre entre les percussions traditionnelles brésiliennes et les musiques anciennes d’Orient. Dans la grande salle du Théâtre de la Ville, sa venue annonce un moment de grâce.
Philippe Deneuve
octobre 2022

LA DEPECHE - L'article ICI
"Pour l’entrée de la guitare dans la programmation, il était important de choisir un joyau mondial", résume Cyril Guillotin. La perle rare porte un nom : la prodige Liat Cohen qui sera ce jour-là l’interprète privilégiée de la musique classique latine.
Magazine L’Art Vues - L'article ICI
Les accords des dialogues et d’échanges initiés par Liat sont comme ceux qu’elle exécute sur sa guitare. Arpégé avec autant d’enthousiasme que de finesse. Plaqués avec autant de maitrise que d’élan du cœur. En un amour de la musique qui transcende les frontières et sublime le temps.
Journal quotidien d’Israël MAARIV - L'article ICI
LA PROVENCE
« Le son (et la technique…) de Liat Cohen a littéralement enchanté le public.
Liat Cohen a offert en bis aux spectateurs un tango, qui a provoqué un tonnerre d’applaudissements. »



L’INDEPENDANT
« Le concert aura été un succès populaire. La guitariste mondialement connue Liat Cohen, s’est surpassée de sensualité et virtualité dans un programme allant de Bach à Roland Dyens. »
Orchestre de Paris Sciences et Lettres (PSL), Moati Cohen, Invalides - Jean-Paul Bottemanne - 31 mai 2022
C'est avec Camille Saint-Saëns, Ernest Bloch et Joachim Rodrigo et son incontournable Concerto d'Aranjuez que l'Orchestre de Paris Sciences et Lettres dirigé par Johan Farjot et les deux solistes, Elsa Moati au violon et Liat Cohen à la guitare, ont pu ravir un public venu nombreux en la cathédrale Saint-Louis des Invalides.
Entrée en matière avec Saint-Saëns et sa Bacchanale, acte 3, scène 3 de l'opéra Samson et Dalila, un numéro vif et mélodieux, offrant de belles couleurs instrumentales, apte à mettre en lumière l'orchestre PSL formé en très grande majorité par les étudiants et personnels de plusieurs universités et écoles supérieures parisiennes, preuve de sa capacité à aborder avec talent et maîtrise un répertoire exigeant. Ici, chaque ligne, chaque pupitre s’est déployé pour atteindre en final l'intensité dramaturgique attendue.
Les Trois Images de la Vie Hassidiques De Bloch ont donné la place principale à Elsa Moati, jeune violoniste prolifique, reconnue et généreuse dans son exploration musicale. Prenant et inspiré, dégageant un souffle vital ou enfin exultant, toute la noble richesse imaginée par Bloch s’est imposée avec sincérité, souplesse ou encore gravité sous l'archet chantant, vibrant et fédérateur du violon de Moati, habilement soutenu par la baguette de Farjot. C'est avec le même talent et virtuosité que la violoniste s’est exprimée dans le Rondo Cariccioso, opus 28 de Saint-Saëns. Ici, l'élégance et la grâce se sont disputées dans cette sérénade empreinte de nostalgie.
Place enfin à Liat Cohen et ce chef d'oeuvre de la guitare qu'est le Concerto D'Aranjuez, cadeau nuptial d'un compositeur à sa jeune épouse, parcouru par des thèmes puissants et enivrants. Partition exigeante dont Cohen s’est emparée avec majesté et brio, rendant avec superbe toute l'intensité poétique de ce voyage musical inouï. Accomplissement habité de cette artiste reconnue dès son adolescence pour la sensualité et la délicatesse de son jeu au timbre affirmé. Le dialogue entre sa guitare et l'orchestre était vif et posé, habilement contrasté et complémentaire.
Une belle soirée pour un programme riche en émotion. L'article ICI

A celebration of music - review
5 avril 2022 - L'article ICI
Gramat. Musicales du Causse : un beau final pour le 25e anniversaire
mercredi 10 novembre 2021, Saint Léon - L'article ICI
Gramat. Un beau final pour les Musicales du causse
dimanche 21 novembre 2021 - L'article ICI

Pour clôturer leur saison 2021 les Musicales du causse sont un peu sorties de leurs sentiers battus, plutôt orientés musique classique. Elles ont offert dimanche 14 novembre à un nombreux public, quelques moments ensoleillés avec la guitare de Liat Cohen et la voix du ténor Alvaro Zambrano. Des titres qui sentaient bon le sud ou la Méditerranée, comme "Coplas del pastor" de Joaquin Rodrigo, "Recuerdos de l’Alhambra" de Francisco Tarrega ou les chansons populaires de Manuel de Falla. À tel point que le public aurait apprécié entendre d’autres. "Ce soir grâce aux Musicales du causse de Gramat nous avons une fois de plus tutoyé les anges. Liat Cohen, en plus de sa beauté et de son immense talent, nous gratifie d’un sourire lumineux. Merci pour cette belle complicité et ce bonheur communicatif des deux artistes".
