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Les Variations Goldberg transcrites pour trio à cordes ? Le trio Alphea l’a fait, nous offrant une lecture non conformiste et émouvante de ce chef-d’œuvre de Jean-Sébastien Bach.
Lorsque ce disque nous est apparu, disons-le franchement, l’incrédulité nous a gagnés. Les Variations Goldberg de Jean-Sébastien Bach jouées par un trio de violon, violoncelle et alto ? Et puis quoi encore ? Pourquoi pas la Symphonie fantastique à l’accordéon, la Tétralogie à la harpe ? On a pensé que les artistes abusaient des chemins de traverse, qu’ils ne savaient plus de quelle manière se distinguer. Mauvais réflexe de qui se croit dépositaire d’une science authentique et qui, funeste condition des abrutis, verse dans la cuistrerie. « Nombreuses sont les adaptations des Variations Goldberg, observe la musicologue Laurence Le Diagon-Jacquin dans le livret du double album. Au fil du temps, les versions se multiplient, comme celle pour piano seul de Busoni qui coupe sans hésiter des parties et ajoute une coda de son cru, tandis que Max Reger en propose une version pour deux pianos. Le trio de Jacques Loussier offre un bon exemple de révision dans un style jazz. »
Alors, nous avons écouté ce disque et nous avons été, non seulement penaud d’avoir été si bêta, mais tout heureux de découvrir les Goldberg sous une autre lumière. Il est vrai que l’aria ne sonne pas comme on en a l’habitude : au dépouillement radical du clavecin – ou chez Busoni du piano – succède un dialogue dont la couleur évoque davantage la musique de chambre. Où est le mal ? C’est un tel plaisir. Une promenade musicale, un badinage au meilleur sens du mot – le trio Alphea s’y entend pour nous offrir une échappée non conformiste et sensuelle.

Les Variations Goldberg de Jean Sébastien Bach est une de ses œuvres la plus enregistrée. Cette composition la plupart du temps proposée au clavecin, à l’orgue, est très souvent jouée sur piano moderne. Pour les soi-disant puristes de Bach ce sont les variations de Glenn Gould qui sont la référence ! Ah bon elles ont donc été écrites pour piano ? Qu’en pense Hantaï, Taylor, Rannou, Rousset et autre Staier?…Il est plus rare de les rencontrer interprétées sur d’autres instruments. On peut trouver des arrangements à la harpe, données par des duos de guitare, en quatuor, avec orchestre, en version jazz et en trios à cordes. Le Trio Alphea propose sa version enregistrée chez Klarté – Klarté KLA 202 – Ses musiciens utilisent ici des archets baroques qui offrent une approche plus limpide, une belle couleur, qui correspond à l’identité de l’œuvre, à une musique de chambre baroque. Elles ont un certain charme du côté des chemins de traverse qui ne peuvent que nous satisfaire qui est notre credo. On peut apprécier ici la manière dont elles ont été arrangées et enregistrées.
Bach a cette puissance créatrice que quel que soit la manière dont on le joue il y aura toujours ce parfum inaltérable de cet immense créateur ! On avoue, honte à nous, puriste baroqueux, que ce genre de version nous donne plus de plaisir que les différentes versions pour piano. Ces échanges entre musiciens, cette communion entre instruments, cette fluidité font que cette vision originale est intéressante et ne manque pas de panache. Elles ont été écrites pour deux claviers, ici on a trois instruments, alors on gagne au change non ! Voilà un bel ensemble, un bel album et puis une belle pochette !

2 septembre 2026
VARIATIONS GOLDBERG DE JEAN SÉBASTIAN BACH. INCRÉDULE VERSION ! LABEL KLARTHE.
Serge Alexandre
On ne compte plus les enregistrements des versions Goldberg devenus un tube incontournable au fil du temps. On pourrait presque écrire un guide d’écoute selon les différentes interprétations. Je garde près de moi celle de Pierre Hantai, Wanda Landowska puis Glenn Gould ou Konstantin Lifschitz… Il faut dire que la musique de J. S Bach et certains de ses fils sont une source intarissable pour tout musicien ou compositeur. L’empreinte de J.S Bach traverse toute l’histoire de la musique du 18ème siècle à aujourd’hui. Côté trio à cordes, je souriais aux versions laissées par le Trio Amati et au Trio Goldberg. Ce nouvel enregistrement par des musiciens phocéens me bouscule et m’ébranle.
Comme souvent chez ce label d’excellence, les exigences de la captation sonore étonnent. Olivier Marzullo en est le principal artisan. Il est ici au service de cette œuvre intemporelle et inclassable. Il a su capturer le dialogue étonnant et perpétuel des trois musiciens composant cette étonnante formation. Chaque interprète utilise ici des archets baroques et cela se déguste sans modération. Leur passion pour le compositeur transpire à chaque variation.
Les variations Goldberg semblent écrites dans les années 1740 pour un clavecin à deux claviers. Elles constituent un Everest musical conjuguant de nombreuses formes musicales. On y perçoit une palette harmonique rare. Elles apparaissent comme un manifeste de l’art du contrepoint à la virtuosité rare pour l’époque. Dmitry Sitkovetsky, violoniste et chef d’orchestre laisse une version pour orchestre à cordes que j’adore.
Les musiciens phocéens nous offrent ici une transcription qui épouse au plus prêt le geste musical du double clavier originel. L’esprit de l’œuvre est ici transcendé. On savoure chaque note. Sobriété, humilité, esprit créatif sont les clés de cette transcription. Ce travail de réécriture est une gifle émotionnelle qui en étonnera plus d’un. Le trio à cordes en sort magnifié. Il y a ici une pudeur et sincérité face à l’œuvre de J.S. Bach difficile à retrouver. C’est un Ailleurs. C’est bien plus qu’un enregistrement de plus d’un tube de l’histoire de la musique. C’est autre chose. Un enregistrement idéal pour aborder la rentrée et oublier tous les petits tracas du quotidien. Une fenêtre sur la pureté et la sérénité ! À écouter sans modération et à programmer ici et ailleurs…

9 septembre 2026
De Berlin au Paradis à partir de 9h45
Emilie Munera
